Revue de Presse
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ils devinent que rien ne peut faire taire leur cri de vie :
      « Une hanche délaissée crie son désespoir » ( Patricia Dupuis )
La parole mesure la blessure d'être qu'elle ne prétend pas combler :
           « Tu suppures en moi
             comme une blessure qui ne veut pas guérir. ..
             je ne trahirai pas ta parfaite absence » (Sonja Guerrier )Mais le poème n'est-il pas lieu d'être, espace de la rencontre ?
             « Je veux que le goudron de mon sang se fige
              sur du papier définitif
              je serai incunable ou ne serai plus », tranche Sylvain Hertrich.La poésie cependant ne se contente pas d'interroger, elle connaît l'en-
vers des mots et des choses, à force de les fréquenter :
             « La lumière est en nous
             sous une combe oubliée du coeur »
rappelle Francis Schneider, tandis que Laurence Reymann définit
bien le rôle du poète :
    «...le Seigneur, bien qu'il nous ait donné l'âme, nous laisse
choir dans notre prisme, afin que nous-mêmes nous fassions passer
la vie ».     En prélude à un très beau texte d'inspiration johannique, Eric
Kaija Guerrier prophétise :
     « branches et landes tout est vert
     et va vers la terre
     voici le temps du beau songe signe et solitude. ..»   Nous voilà prévenus : voici le temps du beau, le temps de pas-
ser la vie, comme on se passe une flamme. S'ils parlaient ainsi dans
nos quotidiens, comme nos jours en seraient transfigurés !
      Mais l'on peut se demander aussi: dans quelle oubliette s'étein-
draient tous ces feux, si la générosité de Sonja ne les avait pas
réunis ici en un beau chant d'âme ? Merci à ces poètes qui nous
rappellent avec émerveillement que si la poésie ressemble tant à la
vie, c'est parce qu'elle n 'est jamais loin de l'amour. 

                                                  Sylvie Reff

  

AU POETE

Le poète a toujours raison
La justice est son orgueil
Elle vit au coeur de sa maison
Et hante souvent son bref sommeilExigeante comme toute maîtresse
Elle sait bien qu'elle demande beaucoup
Lui qui voit partout sa détresse
Sait aussi qu'il prendra des coupsDe tous ceux qui sont moins fidèles
Et qui n'ont cure de faire du tort
De ces battants qu'on dit modèles
Qui sont de chaque festin et bord On veut les baillonner très vite
Car son arme est la vérité
Son cri s'élève et on l'évite
De peur de se voir déshérité Sa stratégie d'amour immense
Ne veut jamais faire de victimes
Voilà bien que son mal commence
Et suscite son combat intime Son destin est de solitude
Qui voudrait d'un tel fardeau
Qui a la fâcheuse habitude
De ne jamais faire de cadeauxLa liberté lui est trop chère
Pour la troquer facilement
Contre un bonheur éphémère
Qui s'est acquis très vilementPoète tu as toujours raison
Ne laisse personne briser ton coeur
Compose ton chant en toute saison
Pour l'âme humaine qui est ta soeurTu es entre elle et son vrai Dieu
Le plus fidèle intercesseur
Et quand bien même tu serais vieux
Naîtrait bien vite un successeur

Annie Marguerite LEONHARDT

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